L’appel de l’Île (E.Aubert-Colombani)


« Dernier message sur mon répondeur. Des vers d’une autre poétesse, Eva Pallas :

La forêt toute d’une essence

quelle menace !

Elle parlera d’une même voix,

elle t’imposera son vert unique.

même l’ombre sera d’une épaisseur plombée.

Dans le marécage sans reflet

quel crapaud osera chanter ?

Il a traduit cette après-midi pour elle, rien que pour elle ! Il veut que ça reste inédit. Alors pourquoi m’en parle-t-elle, si ce n’est pour me blesser ?

Entre eux deux s’est immiscé l’amour, violent, platonique, d’une haute exigence, mais qui ne souffre pas que les territoires se confondent. C’est le jeu. Entre eux aussi leur île commune, la Corse, qui pourrait devenir leur « terrain » d’entente. Du moins l’espère-t-il. Lui veut s’y installer, par défi, et s’y engager, faire de la politique en cagoule. Elle va y exposer ses toiles, par revanche, montrer à tous au village qu’elle est bien vivante. Entre eux encore, le corps, qui n’en finit pas de mourir, du confident, ce « traducteur » mortellement jalousé. A morte allarga u vivu, la mort fait de la place au vivant…voilà son tragique et secret espoir.

Et toujours, ce lancinant appel de l’île, qui réclame ses enfants…Elle qui pourtant les dévore quand ils viennent en son sein, eux qui se consument quand ils en sont loin.

Oui, ici, là-bas, ailleurs, partout, « quel crapaud osera chanter » ?

A moins que l’aube ne finisse par se lever.

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